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Bref retour sur la 12e rencontre régionale des dirigeants territoriaux de Normandie

Statut de la fonction publique territoriale
Publié le 8 février 2021 - Mis à jour le 10 février 2021
Agenda

Depuis plus de 10 ans maintenant, les rencontres régionales des dirigeants territoriaux de Normandie offrent chaque année un focus sur des thématiques au cœur de l’actualité des Collectivités territoriales et de leurs groupements. Mais fallait-il maintenir l’évènement cette année dans le contexte de crise sanitaire et du choc économique et social qui en découle ?

« Bien sûr ! » pour Christophe Hardy, président régional du SNDGCT, et les autres partenaires du comité d’organisation (ADGCF, AITF, CNFPT, etc.). Car la crise rend plus que jamais utiles les retours d’expérience permis par ce genre d’évènement. Sans compter que la résilience (entendue comme la capacité à s’adapter positivement face à une menace) est au cœur de l’ADN des territoires. Ceux-ci sont en effet habitués à appréhender les nouveaux contextes et « pas à n’importe quel prix » comme le souligne M. Hardy.

C’est ainsi de résilience dont il s’est agi pendant les débats, tant il ne faut pas s’attendre à revenir au statu quo ex ante à l’issue de la crise.

Résilience pour s’adapter aux défis du moment avec un format jusque-là inédit : la rencontre a été entièrement dématérialisée (et est disponible en replay) grâce à l’ingénierie d’Ideal connaissance, la plateforme collaborative de l'espace public.

Résilience, par voie de conséquences, pour s’adapter aux défis de la révolution numérique avec l’expertise apportée par la Banque française mutualiste et l’association Villes Internet, pour aider les administrations locales à sécuriser les connexions, fiabiliser les informations et aider à la construction d’une smart city.

Résilience, face à la transition énergétique dont elle est l’une des clés, à un moment où vient de sortir le « décret-tertiaire » (no 2019-771 du 23 juillet 2019) encadrant la rénovation énergétique des bâtiments à usage de bureau et où des pans entiers de « France relance » sont territorialisés.

D’autant que le contexte temporel et budgétaire reste malgré tout contraint. Le mandat municipal et intercommunal qui s’annonce va pour ces raisons devoir lancer d’importants chantiers pour les 20 années à venir, sans qu’il soit sûr que les élus à la manœuvre en verront le bout. D’où l’importance d’opérer des choix à la fois stratégiques et consensuels, en s’appuyant sur l’innovation.

L’innovation s’impose notamment pour le montage financier, lorsque l’on sait que le coût estimé est de 2 millions d’euros par an pour une ville de 13 000 habitants (avec un budget de fonctionnement annuel de 20 millions d’euros). Cette question amène à faire le bilan coût/avantage d’un financement par la fiscalité ou par l’emprunt à moins que la gestion domaniale ne permette de dégager de nouvelles ressources. Mais cela suppose de revoir l’instruction M14 qui n’a pas été prévue pour valoriser le patrimoine.

La transition écologique amène aussi à s’interroger sur le cadre contractuel le plus opportun : les partenariats public-privé seront-ils préférables aux marchés globaux de performance ? Tout dépendra de savoir si la personne publique impliquée peut assurer la maîtrise d’ouvrage et si ses équipes peuvent gérer un projet de développement durable en transversalité avec d’autres acteurs publics (ADEME, CEREMA, Aides-territoires, Banque des territoires, etc.) ou privés. Dans ces conditions, comment trouver un modèle économique avec des temps de recours raisonnables (s'interroge Grégory Berkovicz) ? Même s’il y a beaucoup de liquidité chez les financeurs institutionnels pour ces opérations du fait de l’émission de « green bonds », une clé dépendra des moyens humains sur lesquels les administrations locales pourront s’appuyer en interne.

Ce qui montre que cette résilience est, enfin, humaine : comment faire évoluer les façons de manager face à ces grandes évolutions structurelles et conjoncturelles, surtout lorsque ces dernières impliquent la « dé-densification » des bureaux ?

Tous ces défis posent ainsi la question de l’innovation managériale à une époque où tout s’accélère et où une organisation de travail peut être balayée en 3 mois avec le risque de voir des agents « décrocher ». Car le management doit rester l’art de faire travailler des personnes sous contraintes (de coût, de délais, de qualité, etc.) en toutes circonstances.

Pour David Autissier, un point de bascule a en réalité été franchi bien avant la crise sanitaire, en 2012 lorsque le smartphone a représenté plus de 80 % de l’équipement en téléphonie. L’épidémie a montré que le télétravail fonctionnait bien pour des activités répétées, déjà bien installées, mais était source de difficultés pour les nouveaux projets. Le management commande-contrôle doit pour ces raisons davantage travailler sur la créativité et le bien-être des collaborateurs.

Design thinking, ateliers participatifs, co-développements, expérience disruptive, incubateur, ou encore hackathon sont autant de techniques que les administrations vont devoir s’approprier dans les années à venir avec, le cas échéant, l’aide de leurs partenaires extérieurs, comme l’UGAP ou le CNFPT. Ce dernier accompagne pour cette raison les collectivités dans la montée en compétences de leurs agents, sur des métiers en plein essor, comme ceux de chargé(e) d’opération de réhabilitation en bâtiment. Il s’agit d’aider les employeurs à structurer leur ingénierie locale et à mettre en place une expertise territoriale sur ces questions, grâce à l’élaboration d’une stratégie annuelle/pluriannuelle autour des compétences individuelles et collectives.

C’est dans la mission du Centre, car « dans transformation des services publics, il y a aussi formation » (Olivier Compain). Le CNFPT offre donc sur tous ces sujets des formations sur catalogue — notamment au numérique — mais aussi sur mesure aux territoires. Ces derniers doivent toutefois également veiller à travailler en synergie, pour fabriquer de l’intelligence collective. Ce qui peut parfois conduire à la démutualisation de certains emplois fonctionnels pour plus d’efficacité de gestion RH, même si cela peut sembler contre-intuitif dans la période actuelle.

En conclusion M. Hardy rappelle combien la gestion des ressources humaines nous place « à la croisée des chemins » ; parce qu’elle n’épargne aucun aspect du spectre de leurs compétences, elle force en permanence les administrations locales à rechercher les solutions territoriales adaptées.

Face à ce constat, l’intérêt d’une nouvelle édition de ces journées s’impose comme une évidence. Rendez-vous est donc pris pour une 13e rencontre régionale des dirigeants territoriaux de Normandie, le 19 novembre 2021 à Barentin.

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