Recherche avancée

La 10e rencontre interrégionale des dirigeants territoriaux de Normandie

Les organes de la fonction publique territoriale
Publié le 18 novembre 2018 - Mis à jour le 1er février 2019
Veille juridique

C’est un double anniversaire que fêtait vendredi 16 novembre 2018 le Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT) réuni au Casino de Dieppe à l’initiative de Dominique Aubree et Christophe Hardy – respectivement président sortant et en exercice du syndicat pour la Normandie – accompagnés d’un comité d’organisateurs. Outre ses 70 ans d’existence, le syndicat célébrait la dixième rencontre interrégionale des dirigeants territoriaux de la région en présence de Messieurs le maire de Dieppe, le président de l’agglomération et le sous-préfet avec Bertrand Tierce, journaliste et rédacteur en chef de La Chronique de Normandie, comme animateur vedette.

Alimentés par des membres du syndicat, 24 entreprises partenaires (dont SVP, Dalkia, Orange, Odelco, l’UGAP …) et des chercheurs en droit ou en sociologie, les ateliers ont été aussi ambitieux dans leur variété qu’instructifs dans leur contenu :

  • Règlement général sur la protection des données (RGPD), Open data, cybercriminalité ;
  • transparence ;
  • motivation des agents ;
  • place du manager territorial dans un contexte d’incertitude et d’évolution du statut ;
  • Agenda 21 ;
  • achat public ;
  • encadrement des dépenses dans les collectivités territoriales…

Toutes les grandes thématiques du moment ont été passées en revue. Avec succès. Il faut dire que le président Hardy avait d’entrée de jeu donné la couleur en citant Henry Ford : « Se réunir », a-t-il rappelé, « est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite ».

Quels sont les leviers aujourd’hui à la disposition des directeurs généraux des services et des élus locaux pour offrir à leurs usagers un service public de qualité, dans un contexte marqué par une contrainte multiforme : politique, sociale, économique et – bien sûr – budgétaire ? Voilà, au fond, la problématique qui a servi de fil conducteur à la journée et autour desquels les débats se sont ordonnés.

Ceux-ci ont d’abord mis l’accent sur l’importance de l’innovation pour l’action publique de demain.

Innovations, dans les modes de fonctionnement interne des administrations en premier lieu. Ce genre d’initiative est bien sûr favorisé par les retours d’expérience livrés à l’occasion de ce type de rencontres. L’entrée en vigueur de la RGPD au 25 mai dernier est de ce point de vue une chance pour François Dumanowski, délégué à la protection des données (DPD ou DPO) en poste à la ville de Lisieux : car c’est l’occasion de repenser le travail des services en repartant des données de chacun, de façon à inventer des formalités administratives plus accessibles aux administrés. Jérôme Grolleau a, quant à lui, insisté, en sa qualité de sociologue, sur la nécessité pour les managers d’aider les agents à retrouver du sens dans leur métier, en les rendant acteurs des nouvelles solutions pouvant permettre d’améliorer le service rendu. Les managers ne sont toutefois plus seuls dans leurs missions comme le rappelle Alexandra Beaugrand, DGS de Mézidon Vallée d’Auge. Ils peuvent désormais s’appuyer sur les déontologues à qui la loi confie le soin de prévenir les cas de conflits d’intérêts. À eux de savoir s’en emparer comme de s’appuyer sur les compétences nouvelles des contractuels, selon Philippe Cortina de chez Randstad.

Mais l’innovations s’incarne aussi, en second lieu, dans les prestations des opérateurs du marché susceptibles d’aider les administrations à faire face aux nouveaux défis qui s’imposent à elles. Lorsque l’on sait qu’elles comptent un logiciel pour 1 000 habitants en moyenne – dont la plupart gère des données personnelles destinées à être dupliquées près de 25 fois dans les différents services ! –, on comprend l’intérêt des solutions que des sociétés comme Orange ou La Poste peuvent proposer au travers de leurs filiales spécialisées (telle Localeo). L’application interactive « J’allume ma rue » proposée par la société Odelco est un autre exemple de partenariat original. En offrant un système d’éclairage à la demande des usagers, l’application permet de faire 20 à 25% d’économie en moyenne sur les dépenses d’éclairage.

En parlant d’éclairage, les débats ont aussi été l’occasion de mettre en lumière le caractère parfois « électrique » de la relation qui unit les autorités locales et le pouvoir central. Ce dernier n’est pas toujours cohérent dans sa politique. Y avait-il un sens à historiquement vouloir faire de la Fonction publique territoriale une sorte de sous-fonction publique, par crainte qu’elle ne concurrence la fonction publique d’État interroge Florent Noulette de chez Michael Page ?  Y a-t-il encore un sens aujourd’hui à permettre à tout représentant d’un parti politique d’exiger qu’on lui remette la liste des électeurs au moment où on sécurise les données personnelles demande un participant ? à amputer les dotations des administrations alors qu’une politique RH digne de ce nom suppose de pouvoir investir dans les ressources humaines pour motiver les troupes et éviter la fuite des cerveaux et des talents ? N’y a-t-il pas un danger à multiplier les « monstropoles » ou « monstrorégions » comme on le fait aujourd’hui du fait de la violence du choc auquel peut conduire leur mise en concurrence, a pour sa part interrogé l’auteur de ses lignes ?

Face à ces contradictions, Marc Maouche, fonctionnaire d’État en position de détachement chez Orange fait la remarque : « l’intelligence ne doit pas nous empêcher de réfléchir » car il faut savoir « transformer la contrainte en opportunité ». La position « tampon » occupée par les DGS, interface entre les usagers, les agents et une autorité exécutive se muant par endroit en un véritable « président de sa république locale » (Bertrand Tierce) en est une. Leur expérience est une chance dont il faut prendre garde à ne pas se priver pour Florent NOULETTE qui voit pour cette raison un danger dans la volonté de faire des DGS de simples contractuels : car en cas d’alternance, la nouvelle majorité se trouvera privée d’un seul coup de la mémoire de l’institution, de la maîtrise de son mode de fonctionnement et de ses partenariats et de la connaissance des spécificités de son territoire. 

Si comme le disait John Kennedy, également cité par le président Christophe Hardy, « l’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs », c’est, se permet-on d’ajouter, aussi de savoir les garder.

  • Rechercher dans cet article
Du même auteur
Les outils